Dans une année évolénarde, des dates qui comptent, il y en a passablement. Mais le 15 août a décidément quelque chose de particulier.
Dans les jours qui le précèdent, on sent déjà quelque chose dans l’atmosphère. Des moteurs pétaradent, des tronçonneuses s’activent, les coups de marteau résonnent. Et, au milieu de tout cela, des retrouvailles, des apéros et des rires.
En famille ou entre amis, chacun dans son coin ressort les éléments précieusement conservés d’une année à l’autre. Peu à peu, le vieux tracteur disparaît pour laisser place à une scène de la vie d’autrefois. On ajoute les fleurs, les décorations, puis ces objets devenus précieux qui, il n’y a encore pas si longtemps, faisaient simplement partie du quotidien.
Sur ces chars grimperont celles et ceux qui, le temps d’un défilé, reprendront la place de leurs parents, de leurs grands-parents ou de leurs arrière-grands-parents, et reproduiront leurs gestes.
Dans les maisons aussi, les préparatifs vont bon train. On ajuste les foulards, on assortit les tabliers, on repasse les chemises, on noue les cravates. Et lorsque chacun est enfin prêt — et, surtout, validé par les plus anciens — on se met en route. D’abord pour la messe, puis pour la fête, dont les premiers échos musicaux se font déjà entendre.
Et c’est là que la magie opère.
Les familles, les générations et les villages s’entremêlent autour d’une même fierté : celle de perpétuer quelque chose de plus grand que soi. Chacun le fait pour ses propres raisons, avec ses souvenirs, son histoire, ses attaches. Mais tous le font ensemble.
Et avec cela revient ce sentiment devenu presque rare, et d’autant plus puissant : celui de faire communauté.
En point d’orgue, le cortège prend forme presque spontanément au sommet de la rue centrale. Les chars arrivent petit à petit, les uns après les autres, certains bien en avance, d’autres un peu moins. Deux ou trois bénévoles suffisent à mettre en place près de 300 figurants en costume traditionnel. Quelques indications, quelques gestes, et tout ce petit monde se prépare à avancer dans la même direction : chacun dans son rôle, chacun avec son histoire, mais tous avec le même plaisir communicatif.
Les spectateurs se massent le long de la rue. La fanfare s’élance. Le cortège démarre.
Alors commence bien plus qu’un spectacle.
Une ode au temps qui a passé. Un hommage à celles et ceux qui nous ont précédés. Un appel à celles et ceux qui nous succéderont. Une démonstration de convivialité, de transmission et d’attachement à une terre et à ceux qui la font vivre.
Et peut-être, surtout, la preuve qu’une tradition reste vivante lorsqu’elle ne se contente pas d’être montrée, mais qu’elle continue d’être vécue, incarnée et partagée.
Bravo et merci à toutes celles et ceux qui rendent ça possible !
